Le texte paraitra dans la Revue internationale des Sciences administratives: Vol.74 (2) Juin 2008.
 
« La réinvention de l'Etat : suite »

Introduction
Un thème, celui de la réinvention de l’Etat,  abordé
 
dans la double continuité
- des Conférences Braibant
- et de la longue histoire de la réforme de l’Etat

mais dans une perspective modifiée à partir d’un constat et d’une hypothèse :
-le constat : celui d’un double paradoxe concernant les  réformes qui réussissent et celles qui échouent, paradoxe dont les théories traditionnelles de l’Etat restent incapables de rendre compte.
-l’hypothèse : les théories traditionnelles, au nom d’une certaine vulgate weberienne, voient essentiellement dans l’Etat un dispositif technique d’exercice de la contrainte et de la puissance publique  - dispositif dont la réforme et l’amélioration n’appellent elles-mêmes, selon elles, que des mesures d’ordre technique. Ces analyses, du coup, en ignorent ou négligent un autre aspect, pourtant fondamental, sur lequel Weber lui-même a beaucoup insisté : la légitimité politique de l’action étatique.
Pour réintroduire cette notion dans l’analyse, il paraît utile de rapporter la réinvention de l’Etat à une théorie de la normativité sociale –une théorie des normes qui régissent la conduite des sociétés et ont pour objet d’assurer la coordination des comportements de l'ensemble des membres de la collectivité: une théorie qui, faisant place à cette notion  de légitimité, permettrait peut-être de mieux analyser la nature des crises affectant le fonctionnement des sociétés contemporaines (I) et la portée des essais de ré-invention de l’Etat auxquels, dans les années les plus récentes, il a été procédé (II).

I. Les crises de la normativité traditionnelle.

1. La normativité traditionnelle…
Deux visions idéal-typiques de la normativité

A. Elles sont de structure opposée
L’une théorise une normativité spontanée et décentralisée,  qui résulte d'automatismes dont l'origine réside dans les prix du marché.
L’autre, une normativité imposée, résultant des règles édictées par l’organisation hiérarchique de l’Etat.

B Elles ont des traits communs

L’extériorité des mécanismes qu’elles conçoivent
La rationalité des comportements qu’elles supposent
L’optimalité des résultats qu’elles prévoient


2. …Et ses crises.
Deux visions inadéquates de la réalité : elles ne savent prendre en compte vraiment -ni l’une, les défaillances flagrantes du marché au regard de ses exigences de concurrence et d’équilibre général, ni l’autre,  les déficiences de la hiérarchie étatique et son impuissance à corriger, pour sauvegarder l’intérêt général,  les excès ou tensions auxquelles donne lieu le fonctionnement du marché.
Se trouvent en cause, en effet, par delà de telles crises,  non pas de pures défaillances mécaniques, mais plus fondamentalement, un  déficit de légitimité politique - une distension du lien civique - à la fois dans le temps et dans l’espace- qui perturbe gravement le fonctionnement de nos sociétés et en menace l’unité.
D’où la nécessité d’une réinvention de l’Etat, et d’une nouvelle normativité, permettant de retisser le lien social.



II. L’émergence d’une normativité nouvelle


Un nouveau type de normes sociales : une normativité dialoguée, pour refonder la légitimité de l’action publique et remédier aux défaillances et à l’impuissance des normativités traditionnelles - spontanée ou imposée.

1. Quel dialogue ?....
Le dialogue de ceux et avec ceux auxquels sont destinées les normes : -ce qui entraîne :

-le remodelage de l’Etat
 (techniques et perspectives ?)

-la promotion de la société civile
(modalités et obstacles ?)



2. … Pour quelle normativité ?

-quels caractères ?   - réglementation et régulation.
-quelle légitimité ?  - substitution  ou refondation.